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Les bois utilisés pour la confection des guitares
Lorsque j’apprends à quelqu’un que je suis luthier, presqu’immanquablement la question qui suit est la suivante:
- Avec quels bois travailles-tu?
Bien que beaucoup de guitaristes ont une petite idée des bois utilisés, peu de gens connaissent assez bien les différentes essences employées et surtout pourquoi certaines plutôt que d’autres.
Essayons donc d’élaborer sur la question.
La stabilité avant tout
Dans tous les cas, peu importe la partie de la guitare pour laquelle un bois particulier sera utilisé, il devra toujours faire preuve d’une très grande stabilité. Un bois dit ‘stable’ est un bois qui ne se déformera pas, ou très peu, avec le temps.
Dans la vie d’une guitare, celle-ci doit passer à travers différentes saisons, et très souvent à différents endroits dans le monde. Cela a pour conséquence d’exposer l’instrument à des températures et des taux d’humidités variables. Certaines essences de bois ont la fâcheuse tendance à grandement se déformer lorsqu’elles s’adaptent au taux d’humidité ambiant. Le mélèze par exemple, en plus d’être beaucoup trop mou, fait partie de cette catégorie. Donc si jamais vous trouvez une guitare faite en mélèze, ne l’achetez surtout pas!
À chaque fonction ses propriétés
On retrouve bien entendu plusieurs composants faits de bois sur une guitare : le manche, la touche, le pont, le dessus et bien d’autres. Chacun de ces composants requière des propriétés qui lui sont propres et du coup, des essences de bois bien différentes les unes des autres viendront remplirent les fonctions de ces composants.
Pour cette raison, nous allons donc nous attarder sur les différents bois utilisés pour un composant à la fois.
- Le dessus (aussi appelé la ‘table d’harmonie’)
Le dessus d’une guitare étant ni plus ni moins la membrane vibrante principale d’une guitare, elle est certainement le composant le plus sensible à la nature du bois qui y sera utilisé. Comme elle doit le mieux possible répondre aux vibrations des cordes, elle doit être aussi légère que possible. Mais en contrepartie, elle doit aussi supporter la tension des cordes sans se déformer ou se briser. Sachant que la tension des cordes varie entre 30 Kg et 90 Kg, cet aspect est non négligeable. Le bois utilisé pour le dessus doit donc avoir la plus grande rigidité possible pour un poids minimum. L’essence la plus populaire dans ce cas-ci est l’épinette. On parle ici bien entendu non pas d’épinettes utilisés pour la construction des maison, mais bien d’épinettes centenaires que l’on retrouve dans les climats froids de l’Alaska et du nord de la Colombie Britannique. Par exemple les épinettes Sitka, Engelmann et Lutz. D’autres espèces d’épinettes provenant d’Europe sont aussi utilisés, comme l’épinette suisse par exemple. Le cèdre rouge de l’ouest, plus léger que l’épinette, a aussi une place de choix pour les guitares classiques. Les cordes de nylon des guitares classiques exerçant une tension minimum, la moins grande rigidité du cèdre par rapport à l’épinette est moins significative. On retrouve aussi le cèdre sur des guitares à cordes de métal, mais dans ces cas le dessus doit être sensiblement plus épais, et donc plus lourd, que s’il était en épinette.
Il arrive que l’on retrouve des bois moins traditionnels que l’épinette ou le cèdre pour des dessus, comme l’acajou et le koa par exemple, qui sont des bois durs. Dans ces cas, la raison pour laquelle ils sont utilisés est presqu’essentiellement esthétique. À peu près à tous les coup, une guitare avec un dessus en bois dur aura moins de volume que si elle avait été fabriquée avec un dessus en épinette ou en cèdre.
Bien sûr, un dernier aspect non négligeable, bien que subjectif, entre en ligne de compte. La ‘couleur‘ du son que l’essence utilisée pour le dessus apportera. Certains vont préférer le son d’une guitare en épinette, d’autres en cèdre. Dans ces cas, mieux vaut se fier à son oreille plutôt qu’aux conseils techniques d’un luthier!
- Le manche
Le manche, quand à lui, doit répondre à des contraintes assez similaires à celles du dessus, bien que pour des raisons un peu différentes. Il doit bien entendu supporter la tension des cordes sans se tordre ou se déformer et il doit aussi être très léger. Dans ce cas-ci, la légèreté du bois n’a pas pour but de faciliter sa vibration mais bien simplement d’offrir au guitariste un instrument bien équilibré qui n’aura pas tendance à vouloir pencher du côté du manche.
L’acajou semble être une essence qui répond très bien à ces exigences. Et en plus il est d’une stabilité exemplaire. On retrouve aussi le cèdre espagnole pour les guitares classiques et flamencos, mais dans ces cas-ci surtout pour des raisons traditionnelles. Il est vrai par contre que le cèdre espagnol est souvent plus léger que l’acajou, bien que légèrement moins fort.
Il arrive souvent que l’on retrouve des manches en érable sur certaines guitares. Si cette essence est tout à fait apte à supporter la tension des cordes, qu’elle est abordable et facile à se procurer, je la trouve pour ma part trop lourde.
- La touche
La touche ayant des fonctions particulières, l’essence qui sera utilisée pour celle-ci doit avoir des propriétés tout aussi particulières. Elle doit supporter efficacement les barrettes (frets) et elle doit aussi supporter l’usure provoquée par les cordes qui viennent s’y frotter lorsqu’on les écrase sur la touche. Ces frottements peuvent à la longue creuser des petites crevasses sous les cordes qui éventuellement feront fausser la guitare si elles sont trop creuses. Pour ces raisons, on cherchera à utiliser des bois très durs et très denses, comme l’ébène ou différents palissandres (communément appelé « bois de rose »).
On retrouve aussi parfois des touches en érable, surtout sur des guitares électriques. Dans ces cas, la touche doit être vernie sinon la saleté et la sueur des doigts viendront s’incruster dans les pores de l’érable et rendront sa couleur peu attrayante. Ce problème n’en est pas un avec l’ébène ou les palissandres étant donné leur couleur foncée au départ.
- Le pont
Le pont a essentiellement deux fonctions, soit d’une part de retenir les cordes bien ancrées au milieu de la table d’harmonie et d’autre part de bien transmettre les vibrations des cordes au dessus. Le pont doit donc être fait d’un bois très dur et surtout qui raisonne bien. Une bonne essence de bois pour un pont doit sonner un peu comme du verre lorsqu’on le frappe pour tester sa sonorité. La densité du bois aura aussi un rôle important. Un bois plus dense, comme l’ébène ou le palissandre du Honduras, donnera un pont plus lourd qui favorisera les basses tandis que l’inverse se produira avec un pont moins dense comme le palissandre indien, par exemple.
- Les barrages
Les barrages sont ces tiges de bois diverses que l’ont aperçoit à l’intérieur de la caisse d’une guitare, collées un peu partout, tantôt sur le dessus, tantôt sur le dos et parfois même sur les côtés. Dépendant de leurs emplacements, ils répondent à des besoins différents. Généralement, ces barrages viennent solidifier la caisse de la guitare, soit pour contrer la tension des cordes (dans le cas des barrages du dessus) ou alors plus simplement pour protéger contre des possibles bris causés par des chocs que pourrait subir la guitare.
Dans tous les cas, on cherchera à s’assurer que leur présence ne viendra pas trop alourdir la guitare. Pour cette raison, l’épinette ou le cèdre rouge de l’ouest sont utilisés presqu’à tous les coups, bien que l’ont retrouve parfois de l’acajou ou du cèdre espagnole, principalement pour les barrage du dos.
- Le dos et les côtés
S’il est un sujet de discorde dans le monde de la guitare, c’est bien celui de l’impacte sur le son qu’a la nature du bois utilisé pour le dos et les côtés. À lui seul le sujet mériterait un article complet!
Si la plupart des guitaristes et des luthiers ont longtemps considéré cet aspect comme ayant un impact très significatif sur le son, on en entend de plus en plus en douter aujourd’hui. Selon eux, la nature du bois n’aurait qu’un impact minime sur le son et ce serait bien plus la qualité de fabrication qui serait le facteur déterminant. Pour prouver ce point, le luthier renommé Robert Benedetto a même fabriqué une guitare entièrement fait de pin noueux. Le résultat fut bien entendu une guitare au son tout à fait à la hauteur d’une guitare haut de gamme.
Pour ma part, mon opinion est un peu entre les deux. Si effectivement je pense que la qualité du son d’une guitare vient d’abord de sa qualité de fabrication, la nature du bois utilisé pour le dos à quand même un certain impact. Si plus haut je parlais du dessus comme étant la ‘membrane vibrante principale’, c’est qu’il y a une membrane vibrante secondaire : le dos! En effet la vibration du dos, qui entre en résonnance avec la vibration du dessus, contribue largement à la richesse du son d’une guitare. Conséquemment, la nature du bois utilisé pour le dos fera vibrer le dos de différentes manières et du coup aura une influence certaine sur le son.
Trois paramètres sont à considérer lorsque l’on veut évaluer l’impact du bois sur le son : la densité, la rigidité et le facteur de résonnance.
Un bois plus dense signifie qu’il est généralement plus lourd pour une même épaisseur qu’un bois moins dense. Il nécessitera donc plus d’énergie pour vibrer autant qu’un bois moins dense. Un bois plus rigide pourra pour sa part être plus mince qu’un bois moins rigide pour vibrer avec autant de facilité. Et un bois ayant un meilleur facteur de résonnance vibrera plus longtemps suite à une stimulation qu’un bois ayant un moins bon facteur de résonnance. Évidement, il est très difficile d’avoir une essence de bois qui comprend le meilleur de chacun de ces trois facteurs. Donc, dépendant du son recherché, on penchera plutôt vers une essence qu’une autre.
Prenons par exemple la cas d’une guitare flamenco. Le son recherché doit avoir un volume fort (par rapport à un modèle classique), et être percussif. On ne recherche pas ici un son très soutenu car très rarement dans la musique flamenco des notes doivent être soutenu plusieurs secondes. C’est pourquoi je favorise le sycomore pour ce modèle de guitare. Un dos en sycomore vibrera facilement bien que peu longtemps. Le faible facteur de résonnance qui serait un défaut important sur un modèle classique n’est ici aucunement un problème.
Vous avez maintenant j’espère une meilleure idée des raisons qui expliquent pourquoi l’on retrouve certaines essences plutôt que d’autres dans la confection des guitares. Mais il ne faut pas perdre de vue le fait que ce sujet en est un de discorde et les opinions qui circule à son sujet sont constamment défiées par tout un chacun. Il semble que peu importe la théorie à laquelle on adhère, un luthier quelque part fabriquera une guitare qui mettra cette théorie en morceaux! La lutherie est en effet un monde où l’on retrouve beaucoup plus de croyances que de connaissances réelles et scientifiques!
Je vous invite à consulter la page Inventaire de bois où vous retrouverez, en plus de la plupart des bois mentionnés dans cet article, un riche échantillonnage des bois que j’utilise dans la fabrication de mes guitares.
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